Les Joyaux de la sorciere
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Elle le quitta ensuite, entraînée par une imposante copie de Louis XIV – « Encore un, pensa Aldo, qui ne sait pas lire les chiffres romains ! » – qui prétendait l’entretenir d’une affaire importante. Aldo regarda autour de lui, cherchant Ricci et sa compagne. Ce n’était pas facile. La fête démarrait agréablement. Entre les pauses de l’orchestre, le brouhaha des conversations s’élevait coupé de rires et de l’entrechoquement cristallin des verres. Il finit par les apercevoir assis sous une cascade de roses au milieu d’un groupe formé par les Schwob et trois autres personnes dont il ignorait tout puisque à Newport il ne connaissait pas grand monde. Ricci parlait d’abondance en faisant beaucoup de gestes mais la fiancée donnait l’impression de s’ennuyer à mourir. Elle concentrait son attention sur le gros diamant qu’elle portait à l’annulaire et qui devait être sa bague de fiançailles. L’orchestre entamait un boston quand Aldo fonça droit sur le groupe, s’inclina :
— Puis-je avoir la faveur de cette danse, Mademoiselle ?… Vous permettez, Monsieur ? ajouta-t-il en se détournant à peine vers Aloysius Cesare.
Ce disant, il tendait une main gantée pour que « Mary » y mît la sienne. Ce qu’elle fit presque sans hésiter. La surprise la fit rougir et arrondit ses beaux yeux. Elle se levait quand Ricci, l’œil mauvais, intervint :
— Qui êtes-vous, Monsieur ?
Aldo lui offrit son sourire le plus impertinent :
— Nous nous connaissons voyons ! Le déjeuner place Vendôme avec Boldini et votre…
— Ah oui ! s’écria-t-il en plaquant un vague rictus sur son visage et, soudain volubile : Je ne vous ai pas oublié mais quand on ne s’attend pas à quelqu’un ? Ainsi vous voilà de l’autre côté de l’Atlantique ? Puis sans attendre une réponse évidente, il ajouta « Mary dear, je vous présente le prince Mosorini, de… Venise. Je crois même l’avoir invité à visiter mes collections. »
— Morosini ! rectifia l’intéressé persuadé que l’autre l’avait fait exprès. Et j’ai eu alors le regret de refuser. Quant à Miss Forsythe, je me souviens de l’avoir croisée, à Londres, il y a trois ou quatre ans. C’était au British Museum.
— Que c’est charmant ! s’écria Mrs Schwob. Vous devriez vous asseoir un instant avec nous. Vous avez largement le temps de danser et…
— Non, coupa « Miss Forsythe » sans trop de courtoisie. Je préfère danser tout de suite…
Et ce fut elle qui entraîna Aldo vers la salle de bal et vint dans ses bras comme si elle en avait l’habitude.
— Incroyable de vous rencontrer ici ? fit-elle d’un ton mondain. Encore sur la trace d’un joyau fabuleux ?…
— Peut-être… mais surtout sur celle d’un assassin. Vous avez vraiment l’intention de l’épouser ?
La main d’Hilary se retira de l’épaule de son cavalier pour lui mettre sa bague sous le nez :
— À votre avis ?
— J’avais remarqué. Dommage que ce soit seulement un prêt. Et à court terme !
— Ce qui veut dire ?
— Qu’à la fin de ce mois il aura quitté votre joli doigt. En même temps sans doute que votre petite âme perverse… ou peu après ! Peut-être l’ignorez-vous mais les épouses successives de ce Barbe-Bleue américano-sicilien ont toutes achevé leur lune de miel à la morgue. Et en piteux état !
Il la sentit se raidir, s’écarter légèrement mais son visage n’eut pas un tressaillement. Il put même y voir l’esquisse d’un sourire.
— Ah oui ? fit-elle, désinvolte. Voilà qui est effrayant ! Notez que votre sollicitude me touche d’autant plus que vous n’avez guère de raisons de m’adorer. Comment va votre femme ?
— Laissez-la de côté s’il vous plaît ! Elle va très bien et j’ai hâte de la retrouver.
— Le bon époux ! Que n’y allez-vous en vitesse au lieu de batifoler avec moi dans cette copie d’un château français ? À propos de français, au fait, comment va ce cher Adalbert ?
— Pas mal. Je pense que vous en jugerez par vous-même. Il est trop galant homme pour ne pas vous inviter à danser ?
— Il est là ?
Cette fois encore la surprise d’Hilary était totale. Elle tourna la tête machinalement et son effarant chapeau manqua de peu l’œil de Morosini qui eut le réflexe de se rejeter en arrière :
— Tenez-vous tranquille ! intima-t-il en riant. Il doit être dans un autre salon ou dehors. Il a emprunté le costume du Gilles de Watteau. C’est inattendu mais il le porte à ravir… C’est un rêveur, vous savez ?
La danse s’achevait mais de nombreux couples applaudissaient en restant sur place. Aldo et Hilary à l’unisson. L’orchestre bissa et ils repartirent mais Aldo s’arrangea pour les diriger vers l’une des portes-fenêtres ouvertes sur la terrasse et l’y emmena aussitôt. Deux ou trois couples – des amoureux surtout ! – s’y étaient déjà repliés dans la douce lumière des lanternes vénitiennes et ceux-là ne faisaient attention qu’à eux-mêmes. Il y avait aussi des orangers dans des bacs de faïence ancienne entre lesquels des sièges couverts de brocatelle verte et blanche étaient disposés. Aldo en choisit un, y fit asseoir Hilary et lui offrit une cigarette en prenant place à côté d’elle :
— Causons sérieusement s’il vous plaît ! déclara-t-il. Nous n’avons pas beaucoup de temps et j’ai à vous dire des choses graves : arrangez-vous comme vous voudrez mais quittez Newport avant qu’il ne soit trop tard ! Ce diamant devrait être une compensation suffisante.
Elle garda un moment le silence, tirant quelques bouffées bleues en scrutant le beau visage grave de son compagnon :
— Mais ma parole, vous êtes vraiment inquiet ? Et inquiet pour moi ?
— Comme je le serais pour n’importe quelle autre femme engagée dans ce piège terrifiant, comme je l’étais pour Jacqueline Auger, assassinée en plein Londres pour avoir voulu échapper à votre fiancé. Croyez-moi, Hilary, vous, vous courez un terrible danger. Si vous saviez…
— Et si, justement je savais ?
— C’est impossible !
— Croyez-vous ? Alors, mon cher Aldo, essayez de vous mettre dans le crâne que je ne suis plus une apprentie et voilà un moment que je prépare cette affaire qui, je l’espère, sera le couronnement de ma carrière. J’ai pris le temps de me renseigner et je sais que dès l’instant où je serais mariée… ou plutôt Mary Forsythe sera mariée donc personne, il me faudra jouer serré.
— C’est insensé. Vous ne serez pas de taille ! Cherchez-vous un autre milliardaire à épouser !
— Non. C’est celui-là que je veux. Les autres ne possèdent pas la parure de Teresa Solari ! Une véritable merveille ! Un joyau de reine…
— Qui a appartenu à des reines et qui est peut-être le plus « rouge » qui soit au monde avec le Hope !
— Vous le connaissez ? Il est pourtant resté discret sauf quand la Solari s’est tuée…
— A été tuée comme l’ont été avant elle Olympia Buenaventuri et trois autres, au moins, après elle. C’est ce qui vous tente ? Oh vous allez les porter, ces foutus joyaux ! Le jour de votre mariage et vous les porterez encore en entrant dans la chambre nuptiale mais, de celle-là, vous ne sortirez pas vivante. Votre tendre époux sera appelé quelque part en catastrophe, toujours très loin, et vous serez abandonnée à un sort que je ne souhaiterais pas à ma pire ennemie.
— … que je suis !
— Pas de fol orgueil ! Revenez sur terre, Hilary, et pour une fois soyez raisonnable ! Allez-vous-en !
Elle tira de sa cigarette une longue bouffée qu’elle projeta doucement vers le ciel.
— Une question, mon cher prince ! Par hasard, vous ne vous intéresseriez pas à la parure…
— Que j’appelle les joyaux de la Sorcière ? Bien sûr que si ! Mais je ne souhaite pas me les approprier : simplement les contempler un moment puis les vendre pour donner un peu de bonheur à une malheureuse femme. En outre je me suis juré de venger Jacqueline Auger, Teresa Solari et Olympia Buenaventuri. Les victimes d’ici ce n’est pas lui qui les a tuées.
— Je sais : ce n’est pas son truc ! fit-elle un rien canaille. Il faut donc que quelqu’un fasse le sale boulot. Et celui-là je ferai en sorte de l’affronter… et de gagner la partie !